Le marché de l'électricité à un jour en Belgique a atteint mardi un record historique : 1 038,25 €/MWh pour la tranche de 15 minutes débutant à 20 h 45 CEST le mercredi 24 juin. Pour trouver un prix belge comparable, il faut remonter au 28 mars 2011, lorsqu'une erreur logicielle avait brièvement fait grimper le marché à 2,999 €/MWh. Cette fois-ci, la cause n'est pas un bug. Ce sont la chaleur, la demande et un réseau fonctionnant à la limite de ses capacités.
Ce qui s'est réellement passé
Le prix de l'électricité de base belge pour une livraison mercredi s'est établi à 257 €/MWh, en hausse d'environ 73 €/MWh par rapport à la veille. Il s'agit là de la moyenne globale. Le chiffre de 1 038,25 €/MWh s'inscrit dans cette moyenne et correspond à un seul créneau de 15 minutes en début de soirée, moment où un pic de demande lié à la canicule a coïncidé avec une baisse de la production éolienne et solaire disponible.
La Belgique n'était pas la seule concernée. L'Allemagne, premier marché européen de l'électricité, a établi le même jour son propre record sur 15 minutes à 747,10 €/MWh, le prix de l'électricité de base atteignant 207,94 €/MWh, soit le niveau le plus élevé enregistré dans ce pays depuis fin novembre. Les Pays-Bas ont enregistré un prix sur 15 minutes de 902,47 €/MWh, et la zone DK1 du Danemark a atteint 786,83 €/MWh, battant ainsi les records déjà établis la veille. Partout, le schéma est le même : une vague de chaleur qui s'abat actuellement sur l'Europe centrale et occidentale, et dont les prévisionnistes s'attendent à ce qu'elle persiste jusqu'au début du mois de juillet, fait grimper la demande en fin de journée, lorsque la production solaire diminue à l'approche du soir et que la contribution éolienne est faible.
Le terme technique désignant cet écart est « charge résiduelle » : il s'agit de la part de la demande que l'éolien et le solaire ne peuvent pas couvrir, et qui doit être comblée par la production conventionnelle, les importations et le stockage. Lorsque la charge résiduelle connaît de tels pics, le marché s'équilibre au prix nécessaire pour mettre en ligne suffisamment de production, ou réduire suffisamment la demande, afin d'équilibrer le réseau en temps réel. Mardi, ce prix était quatre à cinq fois supérieur au tarif habituel des soirées d'été.
Pourquoi cela continue de se produire, et continuera de se produire
Il ne s’agit en aucun cas d’un phénomène ponctuel. À mesure que le mix énergétique de la Belgique et de l’Europe s’oriente davantage vers l’éolien et le solaire, les heures où cette production est abondante voient leur coût baisser, parfois jusqu’à devenir négatif, tandis que celles où elle fait défaut deviennent plus coûteuses, car il y a relativement moins de capacités flexibles et dispatchables en réserve pour combler le déficit. Une vague de chaleur est un déclencheur évident, car elle fait grimper la demande (climatisation, réfrigération, charge industrielle) au moment même où la production solaire diminue en fin de journée. Mais le mécanisme sous-jacent, à savoir un réseau dont les marges sont plus faibles en début et en fin de journée, n’a pas besoin d’une vague de chaleur pour se manifester. Il se manifeste n’importe quel jour où les conditions météorologiques, la demande et la capacité disponible s’alignent mal.
C'est justement ce que la plupart des titres des journaux omettent de mentionner : une volatilité comme celle observée mardi n'est pas un effet secondaire temporaire de la transition énergétique, qui s'atténuera à mesure que de nouvelles installations renouvelables seront mises en service. Il s'agit plutôt d'une caractéristique permanente d'un réseau à forte part d'énergies renouvelables. Les pics de volatilité continueront de s'accentuer dans les deux sens, et pas seulement ceux qui entraînent des coûts élevés.
Qui paie réellement pour une heure comme celle-ci ?
C'est là que l'histoire est généralement racontée de manière incomplète. On présente généralement les choses ainsi : les ménages soumis à un tarif dynamique ressentent directement une heure comme s'il s'agissait de 20 h 45 un mercredi, contrairement à tous les autres. C'est vrai au sens strict, mais c'est aussi trompeur, car cela laisse entendre que le coût disparaît tout simplement pour les ménages ayant des contrats indexés ou à tarif fixe. Il ne disparaît pas. Il est pris en charge par quelqu'un, quelque part dans le système, et finit par retomber sur le ménage, simplement selon un calendrier différent et par le biais d'un mécanisme différent.
Les contrats indexés répercutent les coûts de gros de manière différée, lissés sur une période de facturation ou lors d'une révision trimestrielle, et intégrés dans une formule que la plupart des clients ne regardent jamais de près. Les contrats à prix fixe intègrent une hypothèse sur les coûts de gros moyens, y compris les pics comme celui-ci, dans le prix proposé d’emblée par le fournisseur, ce qui explique en partie pourquoi les prix fixes, sur un marché plus volatil, ont tendance à comporter une marge de risque plus importante qu’auparavant. Dans tous les cas, une heure comme celle du record de mardi a un coût. La seule question est de savoir si le foyer qui en fait les frais a jamais eu la possibilité d’agir différemment en raison de cela.
C’est là la véritable distinction entre les types de contrats, et cela n’a rien à voir avec le courage ou la tolérance au risque. Un foyer sous contrat dynamique connaît le prix avant qu’il ne s’applique, car les prix du jour précédent sont publiés à l’avance, et peut choisir, ou automatiser, sa stratégie pour éviter les heures où l’électricité est chère. Un foyer sous contrat indexé ou à prix fixe ne dispose d’aucun moment de décision équivalent. Le coût est facturé quoi qu’il arrive, car le contrat n’a tout simplement pas été conçu pour permettre d’adapter la consommation en fonction du prix.
À quoi ressemble concrètement le fait de « s'adapter aux prix » ?
Concrètement, pour éviter un créneau horaire comme celui de mercredi à 20 h 45, il n’est pas nécessaire de rester devant son ordinateur portable à surveiller un graphique des cours. Il faut un contrat qui reflète l’évolution des cours, ainsi qu’un système automatisé capable d’agir en fonction de celle-ci sans intervention humaine. Pour un ménage disposant d’une telle configuration :
- Un véhicule électrique devant être rechargé à pleine capacité reporte sa recharge aux heures nocturnes, ou aux plages horaires où le prix de déséquilibre est le plus bas ou négatif, plutôt que de se recharger selon un horaire fixe, quel que soit le prix.
- Une pompe à chaleur conditionne l'habitation avant un pic prévu et évite de se mettre en marche pendant celui-ci, de sorte que les occupants ne remarquent pratiquement pas la flambée des prix.
- Les charges pouvant être regroupées, comme les machines à laver, les lave-vaisselle et les sèche-linge, peuvent être programmées pour fonctionner quelques heures plus tard, plutôt que pendant les heures de pointe.
Aucune de ces décisions n'est spectaculaire en soi. Le chiffre de 1 038,25 €/MWh est certes de ceux qui font la une des journaux, mais le mécanisme qui protège réellement un foyer contre cette hausse est pour ainsi dire invisible : un thermostat qui a attendu, un chargeur qui s'est mis en marche deux heures plus tard que d'habitude, un lave-vaisselle qui a tourné pendant la nuit au lieu d'après le dîner.
Pourquoi cela a plus d'importance qu'un simple record
Un prix record isolé constitue un angle d’actualité intéressant, mais il ne rend pas compte de la tendance générale. Des journées comme celle de mardi se reproduiront, sous l’effet de vagues de chaleur, de vagues de froid, de périodes de faible vent ou de simples pics de demande qui coïncident avec une faible production d’énergies renouvelables. Parallèlement, la même dynamique du réseau qui génère ces pics produit également un nombre croissant d’heures où les prix sont très bas, voire parfois négatifs, lorsque la production éolienne et solaire dépasse la demande. Plus l'écart entre les heures les moins chères et les plus chères de la journée s'élargit, plus il y a à gagner – ou à perdre –, selon que le contrat d'un foyer lui permet ou non de s'adapter.
C'est là l'enjeu réel de la question relative au type de contrat, indépendamment de tout chiffre de prix particulier. Il ne s'agit pas de savoir si un ménage est capable de supporter un chiffre global spectaculaire. Il s'agit de déterminer si la structure du contrat donne au ménage, ou à son système d'automatisation, la possibilité de réagir au signal de prix.
Le choix, en toute simplicité
En Belgique, chaque foyer paie, d’une manière ou d’une autre, pour une heure comme celle de mercredi, qui a battu tous les records. Les contrats indexés et à tarif fixe répercutent ce coût discrètement, a posteriori, sans consulter le foyer. Les contrats dynamiques signalent ce coût avant qu’il ne se concrétise et laissent au foyer, ou à son système domotique, la possibilité d’y remédier.
Ce n'est pas une simple note de bas de page concernant l'actualité de mardi. C'est justement la partie de l'histoire qui en est généralement omise.
10s Energy relie les tarifs du marché de gros à Home Assistant, ce qui permet aux véhicules électriques, aux pompes à chaleur et aux gros appareils électroménagers de se mettre automatiquement hors service pendant les heures où les tarifs sont élevés, sans que personne n'ait besoin de surveiller un graphique des prix pour y parvenir.

